Bientôt une année de COVID-19

Ou plutôt, bientôt une année de confinement. Et on ne sait toujours pas quand la vie reprendra son cours.

Ce 24 février était une journée spéciale, une journée de protestation. Toutes les MJ de la Fédération Wallonie – Bruxelles ont passé un message. Vous trouverez ci-dessous le communiqué de presse (si vous ne l’avez pas déjà lu) et je vous invite à relire mon édito de janvier sur le même sujet.

Et puis ce matin, une lueur d’espoir. On pense à nous dans les hautes sphères du monde politique. Est-ce par crainte d’un nouveau mai ’68 façon Coronavirus ? Est-ce une véritable prise de conscience des risques et des conséquences sur la santé mentale de nos jeunes et des citoyens en général ? Valérie Glatigny nous écrit, via sa page Facebook « Nos jeunes ont besoin de davantage d’interactions, de contacts. Je comprends l’appel des centres de jeunes, qui en sont les porte-parole : il doit être entendu. »

Une série de points seront avancés en vue du prochain CODECO :

1️⃣ Réévaluer les mesures en termes d’activités extrascolaires et sportives pour les 0-12 et les 13-18 ans en sortant de la logique des vases communicants qui opposent aujourd’hui des catégories de jeunes entre elles.
2️⃣ Augmenter la bulle d’activités pour les plus de 18 ans (passage de 4 à 10 contacts), notamment afin de limiter l’impact des mesures sur leur santé mentale.
3️⃣ Donner une feuille de route de reprise aux jeunes et des pistes pour les vacances de Pâques
4️⃣ Permettre le retour progressif en présentiel dans l’enseignement supérieur dès mars, avec, dans un premier temps, 20% de présence sur le campus.

Voilà qui est sympathique, il faut bien commencer quelque part. Et puis disons-le, nous avons le soutien de nos fédérations depuis le début, nos institutions ne sont pas en danger. Mais nos pensées vont aux jeunes et à leur bien-être.

Mon professeur de sociologie, Mr Jean-Marie Harvengt, figure incontournable de l’Aide à la Jeunesse et bien connu dans la région montoise, faisait une petite démonstration en début de son cursus. Ils demandait à ses élèves « qui s’est déjà fait agresser, réellement ? », « est-ce que vous avez peur de sortir en rue ? ». On ne voyait pas tout de suite où il voulait en venir, mais il avait toute notre attention. Rapidement il nous démontrait que la plus grande insécurité était « l’insécurité sociale ». Il aimait rappeler combien une système, solidaire comme le nôtre, était primordial à toute démocratie et au bien-être du plus grand nombre. « La sécurité sociale est un système assurant des ressources dans un certain espace financier prévu à cet effet ainsi que l’accès aux besoins essentiels » nous dit Wikipédia. Les besoins essentiels: « essentiel », le mot est lâché, à nouveau.

Mais alors quels sont-ils, ces besoins essentiels ? On sait tout qu’on doit manger, dormir, avoir un endroit où s’abriter, se laver, … c’est tout ? Ce sont les besoins physiologiques, mais il y en a bien d’autres, parfois tout aussi vitaux. Maslow, humaniste et psychologue, s’est penché sur cette hiérarchie des besoins au 20ème siècle. Il en a fait un schéma sous forme d’une pyramide.

Les besoins de sécurité, physique mais aussi morale arrivent en deuxième position. Au troisième étage on retrouve les besoins sociaux et affectifs. Il est donc une évidence : nous sommes insatisfaits depuis bientôt un an. Nous pouvons même dire que si nous sommes en insécurité, ce n’est pas du seul chef de la pandémie mais bien des mesures gouvernementales qui l’accompagnent ! Nos besoins essentiels ne sont plus assouvis.

Mais qu’est-ce qui est donc essentiel au yeux du monde politique ? Essentiel : la signification et le poids des mots. Eric Hazan, écrivain et éditeur s’est lui aussi penché sur le sujet dans son livre « LQR, la propagande du quotidien » en 2006. Eric Hazan appelle la Lingua Quintae Respublicae (LQR), par analogie avec la Lingua Tertii Imperii, langue du 3e Reich analysée par Victor Klemperer en 1947. Si Hazan n’établit évidemment pas d’assimilation entre néo-libéralisme et nazisme, il constate un même mode de fonctionnement, la recherche de l’efficacité aux dépens même de la vraisemblance. Ce nouveau langage plein d’euphémismes résulte de l’influence croissante, à partir des années ’60, de deux groupes aujourd’hui omniprésents parmi les décideurs, les économistes et les publicitaires.

On l’a bien compris, il y a ce qui est essentiel au système économique et ce qui ne l’est pas. Il n’y a pas de place pour l’humain dans cette logorrhée. Pas de place pour la culture, pour la fête, pour la jeunesse.

Or, aujourd’hui il est l’heure d’un premier bilan, d’une évaluation comme on le dit dans notre métier. Se sentir ou être jugé « non-essentiel » quand on se sent déjà en insécurité face à l’avenir, moralement et légitimement insatisfait ce n’est pas très bon. C’est dangereux. Ça peut mal finir, à bien des niveaux. Car la « foule sentimentale » dont parle Souchon avec beaucoup de tendresse, elle a soif de comprendre. Pour former une équipe, il faut un objectif commun, mais aussi de la reconnaissance. Il faut trouver un sens pour continuer sans se perdre.

Après un an de tentatives, de circulaires, de mesures, entre les experts qui tirent des plans sur la comète et les politiques qui se tirent dans les pieds, on a surtout l’impression d’un grand n’importe quoi. On ne sait pas où on va. Et peut-on en discuter autour d’une table, démocratiquement ? Non. Les lieux de culture et de rassemblements sont interdis et les contrevenants lourdement sanctionnés. Pouvons-nous réellement encore poursuivre nos missions ? Des citoyens critiques, solidaires, autonomes, actifs ? Vraiment ?

Dans un article du Soir signé par un collectif de haut vol, nous pouvions lire ceci « La lutte contre le covid-19 sauve sans doute des vies. Mais elle étouffe nos droits et libertés. L’état d’exception qui s’installe permet à la police de pénétrer de nuit dans les domiciles, de tracer les GSM sans ordonnance de juge, de restreindre le droit de manifestation, de suspendre le droit au travail, de maltraiter le droit à l’enseignement, de s’emparer de nos données médicales à des fins de contrôle, de limiter nos déplacements, de faire disparaître les droits culturels… Cette rétrogradation a lieu sans débat ni décision parlementaire et en contournant trop souvent les autorités de contrôle (section de législation du Conseil d’État, Autorité de la protection des données). » Nous ne pouvons malheureusement que partager cette vision. (lien vers l’article)

En conclusion (il faut bien terminer cet article un jour et le sujet est très vaste) je dirais que nous sommes face à un énorme défi. Outre le poids du défi écologique qui pesait déjà sur les épaules des plus jeunes avant cette crise, il y a aujourd’hui le défi de la démocratie. De croire en demain, de croire en l’importance de chacun des jeunes qui viendra pousser la porte de notre MJ. De croire que l’état de demain ne sera pas celui de la répression, du monde des lobbies et des industries. De croire que le citoyen aura encore droit et voix au chapitre.

Marc Van Malleghem, Coordinateur

Ci-dessous le texte publié collectivement par les MJ :

SOS JEUNES EN DÉTRESSE !

Les Centres de Jeunes (CJ) – qui regroupent les Maisons de Jeunes, les Centres de Rencontres et d’Hébergement et les Centres d’Information des Jeunes – lancent un cri d’alarme concernant la détresse dans laquelle se trouvent les jeunes ! En effet, isolement social, décrochage scolaire, voire décramponnage, anxiété, oppression familiale et états dépressifs sont des situations dramatiques dans lesquelles les jeunes se trouvent depuis le début de la crise sanitaire, il y a bientôt un an maintenant, et qui s’aggravent au fur et à mesure que le temps passe.

Face à cette situation alarmante dénoncée depuis de nombreux mois par les acteurs de terrain, la majorité des responsables politiques interpellés de toutes parts restent silencieux, trop silencieux ! Aujourd’hui, les Centres de Jeunes désirent pouvoir agir grâce aux compétences des équipes d’animation afin de permettre aux jeunes d’être hors de chez eux mais dans des espaces où ils peuvent être accompagnés, recréer des liens, se poser, être écoutés, partager, prendre des initiatives citoyennes, envisager des perspectives, se projeter dans cette société post-Covid-19.

Les jeunes sont essentiels ! Les CJ sont essentiels ! Nous plaidons donc pour la possibilité de travailler, d’être présents aux côtés des jeunes et ce, tout en respectant les mesures sanitaires évidemment, car il faut au plus vite réinvestir dans le lien qui est particulièrement protecteur pour les jeunes, leur bien-être et leur construction identitaire. Rappelons que les Centres de Jeunes ont pour mission de favoriser le développement d’une citoyenneté critique, active, responsable et solidaire, principalement chez les jeunes de 12 à 26 ans, par une prise de conscience et une connaissance des réalités de la société, des attitudes de responsabilité et de participation à la vie sociale, économique, culturelle et politique ainsi que la mise en œuvre et la valorisation de pratiques socioculturelles et artistiques.

C’est pourquoi, ce 24 février sera une journée d’actions diversifiées mises en place par les Centres de Jeunes sur tout le territoire francophone. Une manière de conscientiser la classe politique sur le caractère urgent de la situation et de porter les paroles des jeunes !! Dans le respect des règles sanitaires, il s’agira d’une mobilisation dans l’espace public et sur les réseaux sociaux. Nous allons relayer les paroles des jeunes.Parce qu’il est grand temps de permettre aux jeunes de reprendre le chemin de leurs vies dans le respect de tout un chacun !

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